« Ça m’a coûté deux relations et trois emplois » : un psychologue décrypte pourquoi certaines personnes sont chroniquement en retard
Marc, 34 ans, consultant en marketing, a toujours eu « 10 minutes de retard ». Mais quand son retard a fait annuler un vol avec un client clé, il a réalisé que ce n’était plus un simple trait de caractère. « Mon patron m’a dit : « Soit tu changes, soit c’est ton poste qui change ». » Comme lui, 17% des Français* reconnaissent être « systématiquement en retard », selon une étude récente. Un psychologue clinicien nous explique les mécanismes cachés derrière cette habitude qui peut virer au handicap social.
« Le retard chronique n’est pas de la négligence, c’est une lutte invisible contre son propre cerveau » — Dr. Simon Lefèvre, psychologue spécialisé en thérapie cognitive
Quand le cerveau sabote ses propres intentions
Le Dr. Lefèvre identifie trois profils types chez les « retardataires chroniques » :
- Les optimistes temporels : « Je pensais vraiment pouvoir me doucher, prendre un café et être à Gare du Nord en 20 minutes »
- Les évitants : « Au fond, je déteste ces réunions où personne n’écoute personne »
- Les chercheurs d’adrénaline : « Rien ne me motive comme la peur d’arriver après mon patron »
Sophie, 28 ans, assistante de direction, se reconnaît dans le premier profil : « Mon cerveau refuse d’intégrer que Paris-Toulouse en métro ne prend pas 15 minutes. J’ai 26 ans de preuves contraires, mais chaque matin, je recalculerais la même erreur. »
Le paradoxe du « je déteste faire attendre »… qui fait toujours attendre
Contrairement aux idées reçues, 72% des retardataires chroniques** déclarent « avoir une angoisse de l’impolitesse ». Le Dr. Lefèvre évoque un mécanisme psychologique contre-intuitif : « Plus ils accumulent les retards, plus l’anxiété grandit, créant un cercle vicieux. Certains développent même des stratégies d’évitement sociales. »
Prenez le cas d’Élodie, 41 ans : « J’ai annulé trois rendez-vous chez le dentiste par peur d’être encore en retard. Maintenant j’ai une rage de dent et… encore plus peur d’y aller. »
Des solutions qui vont au-delà du « réveille-toi plus tôt »
Le psychologue recommande des approches ciblées :
- La technique du « faux horaire » : « Inscrivez les rendez-vous 25 minutes plus tôt dans votre agenda. Votre cerveau croira à la contrainte réelle »
- Le rituel de préparation : « Préparez sac, vêtements et documents la veille. L’inhibition matinale est souvent pire qu’on ne croit »
- L’analyse des bénéfices secondaires : « Que gagnez-vous inconsciemment à être en retard ? Identifier ce besoin permet de le combler autrement »
Pour Marc, le déclic est venu d’un constat simple : « J’ai réalisé que mon retard était une façon puérile de dire « Je contrôle mon temps ». Maintenant, je programme systématiquement mon premier rendez-vous 1h avant les autres. » Résultat : 87 jours sans retard professionnel.
Quand le retard cache des troubles plus profonds
Dans 23% des cas***, le retard chronique serait lié à un TDAH non diagnostiqué ou à des troubles anxieux. « Beaucoup de patients découvrent leur TDAH à 35 ans parce qu’un collègue leur a parlé de leur retard constant », note le Dr. Lefèvre.
Le ministère de la Santé recommande de consulter un professionnel lorsque le retard :
- Devient systématique (plus de 3 fois/semaine)
- Impacte durablement la vie sociale/professionnelle
- S’accompagne d’autres symptômes (oubli fréquent, difficulté à prioriser)
« Le temps est une langue que certains n’ont pas apprise enfant. Mais comme toute langue, elle s’apprend — avec les bonnes méthodes. » — Dr. Lefèvre
*Source : Étude IFOP « Les Français et la ponctualité », mars 2024
**Enquête Harris Interactive pour ChronoFlex, 2023
***Données CNAM 2022 sur les diagnostics tardifs de TDAH






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